Depuis quelques semaines, j’étudie plus en profondeur les FNB d’obligations à rendement élevé et mes conclusions risquent de vous surprendre. En tout cas, moi, elles m’ont étonné!

Pour commencer, définissons ce qu’est une obligation à rendement élevé. Il s’agit d’une obligation émise par une société plus petite ou plus risquée, ce qui oblige cette société à offrir un taux d’intérêt plus élevé afin d’inciter les investisseurs à lui prêter de l’argent. Les obligations à rendement élevé sont souvent appelées « junk bonds », bien que l’industrie s’efforce de ne pas utiliser cette étiquette, car il est plutôt rare que quelqu’un cherche à posséder du « junk », pas vrai? Nous parlons ici tout de même de sociétés raisonnablement grandes dont les actions sont négociées sur les marchés boursiers. Elles sont vraisemblablement très capitalistisées ou bien elles ont traversé des difficultés. Pensez à Sprint ou à T-Mobile aux États-Unis comme exemples.

Ces obligations sont plus risquées. Pour contrebalancer le risque de défaut de paiement ou de faillite de certaines de ces entreprises, vous devrez en acheter des centaines. Donc, au bout du compte, vous vous retrouvez en tant qu’investisseur avec un rendement qui est composé du taux d’intérêt plus élevé, moins le taux de défaut pour l’ensemble des sociétés.

Le Canada n’a pas un marché particulièrement développé pour les obligations à rendement élevé. Si vous souhaitez avoir une diversification raisonnable, vous devrez vous tourner vers les États-Unis. Cela dit, je ne tiens pas à exposer la composante « revenus » des portefeuilles aux risques liés au taux de change. Je choisis donc toujours des FNB d’obligations à rendement élevé américains qui sont aussi offerts en dollars canadiens. Ces FNB éliminent l’effet d’une hausse ou d’une baisse du dollar canadien par rapport au dollar US.

L’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’examiner de plus près ces FNB d’obligations à rendement élevé, c’est qu’ils comptent parmi les FNB les plus chers. Avec des frais de gestion de 0,6 % à 0,7 %, il est important de savoir si vous obtenez une valeur intéressante compte tenu de ce que vous payez.

J’ai aussi décidé de me pencher sur ces FNB en raison des erreurs de calquage par rapport aux indices sous-jacents. Si vous prenez le FNB d’obligations à rendement élevé des États-Unis proposé par iShares (offert en dollars canadiens), vous verrez qu’il a enregistré un rendement inférieur à celui de l’indice d’environ 0,9 % par année depuis qu’il a été mis sur le marché en janvier 2010. Bien sûr, 0,7 % de cette sous-performance s’explique par les frais, mais qu’en est-il du 0,2 % restant? Sur dix ans, ça s’additionne. Si vous regardez le FNB équivalent de BMO, soit le FNB d’obligations d’entreprises à rendement élevé des États-Unis avec couverture en dollars canadiens, la sous-performance sur près de 10 ans s’élève à 1,5 % par an.  C’est une sous-performance de 0,9% par année que les frais n’expliquent pas.

Malheureusement, ce phénomène n’est pas limité aux FNB canadiens qui achètent des obligations à rendement élevé des États-Unis. En effet, les grands FNB américains qui détiennent de telles obligations sont caractérisés par une sous-performance de la même envergure par rapport à leurs indices.

Devant cette situation, la question qui se pose est de savoir par quoi remplacer ces FNB dans votre portefeuille?

Les obligations à rendement élevé sont soumises aux forces qui s’exercent sur les marchés obligataires, c’est-à-dire les fluctuations des taux d’intérêt, mais elles réagissent aussi aux forces qui affectent les marchés d’actions. Intuitivement, cela se comprend : si l’action d’une entreprise dégringole, cela signifie probablement que les perspectives de cette société sont douteuses. Sa capacité à payer les intérêts sur sa dette, ou ses obligations, est donc probablement compromise aussi. Cela entraîne une baisse de valeur des obligations de l’entreprise.

J’ai demandé à notre directeur de la recherche, Raymond Kerzérho, d’effectuer des analyses de régression sur l’indice d’obligations à rendement élevé le plus courant, par rapport à l’indice canadien global des obligations de qualité supérieure et à l’indice du marché des actions américaines. L’analyse de régression détermine dans quelle mesure les mouvements dans l’un des indices sont semblables à ceux d’un autre.

Il ressort de cette analyse que nous pouvons remplacer les obligations à rendement élevé dans les portefeuilles par une combinaison de 60 % d’obligations de qualité supérieure et 40 % d’actions, en obtenant le même rendement général, avec une fluctuation légèrement inférieure sur la durée. Les FNB d’obligations de qualité supérieure et les FNB d’actions sont beaucoup moins chers et ils suivent leurs indices beaucoup plus fidèlement. Il est clair qu’il s’agit d’une combinaison gagnante.

Cet exercice illustre très bien en quoi consiste une bonne gestion de portefeuille. Ce n’est pas de sélectionner la prochaine action vedette ou bien synchroniser son entrée et sa sortie sur les marchés. L’idée est plutôt de capturer les rendements du marché aussi efficacement que possible et au coût le plus bas.