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23 juin 2015

Les dividendes élevés des actions de banques canadiennes

Pourquoi les banques canadiennes offrent-elles des dividendes aussi importants? Que cela signifie-t-il pour les investisseurs?

Toutes les grandes banques canadiennes versent des dividendes relativement élevés à leurs actionnaires. En effet, leur rendement en dividende se situe en moyenne à 4,01 %, ce qui se dépasse largement celui de l’Indice composé S&P/TSX, qui se chiffre à 2,9 %. 

Le cycle des bénéfices

Généralement, les sociétés disposent de trois options pour utiliser leurs bénéfices :

  1. Les conserver pour les réinvestir  dans de nouveaux projets ou encore pour réaliser des acquisitions. Ce choix se traduira probablement à la longue par une croissance du bénéfice par action (BPA).
  2. Racheter des actions. Les bénéfices de la société seront ainsi répartis sur un nombre moindre d’actions, ce qui stimulera le BPA.
  3. Distribuer des dividendes aux actionnaires.

Comme on peut le voir, le choix entre les trois possibilités ci-dessus se résume en fait à déterminer si on rémunère les actionnaires immédiatement en versant des dividendes ou plus  tard lorsque le BPA aura augmenté. En général, le cours des actions tend à suivre la croissance du BPA. Il en résulte qu’un dividende plus élevé se traduit par une appréciation du capital moins importante, puisqu’on réinvestit moins d’argent dans la société.

Qu’est-ce que les banques ont de particulier?

Les bénéfices des banques canadiennes sont relativement stables. De plus, le secteur des services financiers dispose d’occasions de réinvestissement limitées. Il en découle que les banques sont incitées à payer de plus forts dividendes que la plupart des sociétés ouvertes.

À l’autre extrême, de nombreuses sociétés dans les domaines des technologies de l’information et de la biotechnologie ont accès à de meilleures occasions de croissance et, par conséquent, elles ont moins tendance à distribuer leurs bénéfices aux actionnaires.

Conclusion

Les actions à dividendes élevés n’offrent pas nécessairement des rendements espérés supérieurs. Elles livrent simplement leurs rendements davantage sous forme de paiements immédiats que par appréciation du capital.

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires
2 juin 2015

Un nouveau risque sur le marché obligataire

Un nouveau risque lié au marché obligataire a retenu l’attention dernièrement. Un sondage mené par Greenwich Associatesi,ii auprès de 128 gestionnaires institutionnels américains a en effet mis en lumière cette nouvelle réalité et son impact sur les FNBiii d’obligations.      

Fonctionnement du marché obligataire

Les marchés d’actions et d’obligations sont organisés de façon différente. Plutôt que sur un marché centralisé (la Bourse), les obligations sont négociées au moyen d’un réseau constitué d’institutions (caisses de retraite, fonds de dotation, firmes de gestion d’actifs, compagnies d’assurance, etc.) et de banques d’investissement, ces dernières agissant comme fournisseurs de liquidités.

Lorsqu’une banque d’investissement reçoit l’appel d’une institution qui désire vendre une obligation, elle peut soit rechercher un nouvel acheteur, soit l’acheter à son propre compte et l’ajouter à son inventaire. La banque d’investissement reçoit de nombreux ordres vendeurs et acheteurs, et elle réalise  un « écart », ou encore une marge bénéficiaire – un peu comme le ferait un magasin de détail. L’activité de la banque d’investissement consiste donc à absorber les surplus et les déficits d’obligations de manière ponctuelle, car les acheteurs et les vendeurs se présentent rarement au même moment. Cette activité est encore plus complexe du fait de la multitude des obligations qui sont négociées sur le marché. En bref, l’inventaire de la banque d’investissement sert de « tampon » et aplanit les déséquilibres ponctuels entre la demande et l’offre d’obligations.

Le nouveau risque perçu des obligations

Après la crise financière de 2008, les gouvernements ont décidé qu’ils ne voulaient plus devoir renflouer les banques. Comme les inventaires d’obligations constituent un risque considérable pour les banques d’investissement, les autorités de la règlementation les ont obligées à les réduire. Cette réduction entraîne toutefois un accroissement du risque de liquidité. Autrement dit, une chute brutale du cours des obligations risquerait de se produire advenant la présence de nombreux vendeurs et de très peu d’acheteurs au même moment.  

Ce risque est-il bien réel? Le sondage de Greenwich mentionné plus tôt nous apprend que le tiers des gestionnaires institutionnels interrogés affirment qu’il est plus difficile de négocier les obligations depuis deux ans. Il est donc très plausible que le risque de liquidité ait augmenté.

L’impact d’un risque de liquidité accru sur les FNB d’obligations

Étonnamment, les FNB sont souvent perçus par les gestionnaires institutionnels comme une solution au problème de liquidité. Le volume négocié sur les FNB d’obligations s’est accru au rythme effréné de 30 % depuis 2008. Presque la moitié des gestionnaires interrogés (60 sur 128) utilisent les FNB soit comme solution de placement stratégique à long terme, soit comme outil pour apporter des ajustements aux portefeuilles à court terme. Parmi les gestionnaires qui utilisent déjà les FNB, 24 % prévoient le faire encore davantage au cours de l’année à venir, alors que les 76 % restants prévoient continuer au même rythme.

FNB d’obligations ou obligations individuelles?

La nouvelle règlementation des banques d’investissement réduit le risque d’une faillite bancaire, mais augmente le risque de liquidité sur le marché des obligations. Ce dernier risque est particulièrement élevé en cas de déséquilibre important entre l’offre et la demande d’obligations (crise de liquidité) : il est en effet possible qu’à ce moment les prix des obligations fluctuent davantage qu’autrefois. Seul le temps le dira.

Dans l’éventualité d’une crise de liquidité, quel est le placement le plus sûr, FNB ou titres individuels? Les FNB d’obligations se négocient sur un marché centralisé (la Bourse) où des milliers d’acheteurs et de vendeurs se font concurrence. En revanche, les vendeurs d’obligations (surtout s’il s’agit de particuliers) sont à la merci de leur banque d’investissement. En période de stress intense, on peut raisonnablement penser que la banque sera peu accommodante : elle voudra d’abord et avant tout atténuer son propre risque! De notre point de vue, les FNB d’obligations l’emportent nettement sur les titres individuels.

En définitive, les investisseurs qui réussissent à long terme ne devraient pas se soucier outre mesure du risque de crise de liquidité sur le marché des obligations : ils ne participent généralement pas aux mouvements d’achat ou de vente en panique et, une fois la poussière retombée, ils ne sont pas affectés par ces accidents de parcours.

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i  Greenwich Associates, « Bond Market Challenges Continue to Drive Demand for Fixed-Income ETFs », 2015
ii Ce sondage a été commandité par Blackrock, important gestionnaire de FNB.
iii Fonds négociés en Bourse

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires