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Bill Ackman et les fonds indiciels

10 mars 2016 - 0 commentaires

Dans l’univers de la haute finance, peu de personnes sont aussi respectées et ont autant de crédibilité que Bill Ackman. Le chef de la direction de Pershing Square Capital Management, qui a fait ses études à Harvard et a lancé sa société de fonds de couverture en 2004 avec 54 millions de dollars provenant de ses propres avoirs et de ceux de ses associés, gère aujourd’hui plus de 6 milliards de dollars pour des institutions et des familles fortunées. Dans sa lettre annuelle aux clients sur la performance de 2015, M. Ackman fait des commentaires sur les fonds indiciels et leur impact sur les marchés financiers.  

Points avec lesquels nous sommes d’accord

M. Ackman écrit tout d’abord que la part de marché des fonds indiciels s’est accrue, ce en quoi il a raison, du moins chez les particuliers. Dans le secteur des fonds communs de placement et des FNB aux États-Unis, la part de marché des fonds indiciels (comparée à celle des fonds gérés activement) a doublé, passant de 16 % à 32 %1. M. Ackman reconnaît également que les frais liés aux fonds communs  et FNB indiciels sont très bas et que leurs gestionnaires ont mieux fait que le gestionnaire moyen au cours des dernières années. Nous sommes d’accord avec cette appréciation, mais y ajouterons qu’ils ont aussi mieux fait que la majorité des fonds gérés activement comparables.

Points avec lesquels nous sommes en désaccord

M. Ackman fait valoir que les fonds indiciels les plus populaires, qui calquent par exemple l’indice S&P500 (grandes capitalisations), attirent généralement plus que leur juste part d’argent frais. Comme les titres qui font partie de l’indice sont surévalués, les autres représentent selon lui un meilleur investissement. Les fonds indiciels de petites et moyennes capitalisations sont cependant eux aussi très populaires. Par exemple, les FNB iShares S&P Mid Cap et iShares Russell 2000 (petites capitalisations) comptent parmi les plus importants FNB aux États-Unis. On doit tenir compte également du fait que les sociétés à moyenne et à petite capitalisation représentent respectivement 20 % et 10 % de la valeur marchande, ce qui explique qu’elles n’ont pas à attirer autant de capitaux que les fonds S&P500 pour obtenir leur « juste part » des flux financiers. Une fois considérés tous les titres faisant partie de ces trois indices, il en reste peu dans lesquels on peut investir. L’argument de M. Ackman ne tient donc pas la route.

Plus loin dans sa lettre, M. Ackman écrit ceci : « Les investisseurs axés sur la valeur achètent plus d’actions lorsque les cours sont en baisse, tandis que les fonds indiciels pondérés en fonction de la capitalisation boursière font exactement l’inverse. Ils agissent essentiellement comme des investisseurs suivant la tendance, qui sont obligés d’acheter plus d’actions quand les cours augmentent, ce qui amplifie le risque de surévaluation des composantes de l’indice.» En fait, les fonds indiciels ne sont pas tenus d’investir davantage dans un titre parce que sa valeur est à la hausse. Le poids d’un titre au sein d’un fonds indiciel augmentera s’il s’apprécie plus vite que le reste du marché, étant donné qu’il représente une part plus grande du marché. Toutefois, les achats et les ventes réalisés par les fonds indiciels ne sont aucunement tributaires des variations des cours des actions.

Conclusion

Même s’ils sont simples, les fonds indiciels demeurent généralement méconnus du public et même des experts. Parallèlement, l’accroissement de leur part de marché se fait au détriment des sociétés de placement actives, qui ont donc tout avantage à trouver des lacunes importantes dans le fonctionnement des fonds indiciels, ce qu’elles n’ont pas encore réussi à faire. Les fonds indiciels ne sont pas parfaits, mais si on met leurs points forts et leurs points faibles dans la balance, ils représentent pour la plupart des investisseurs une solide proposition de valeur en vue de l’établissement d’un portefeuille diversifié bien structuré.

1 Source : Morningstar Direct

 

Par : James Parkyn & Raymond Kerzérho avec 0 commentaires.
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