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31 mars 2016

La diversification est un choix et non une passe gratuite

Le rendement espéré d’un portefeuille est la moyenne des scénarios possibles. Un portefeuille diversifié offre le même rendement espéré qu’un portefeuille concentré, avec moins de risque. Cela suggère qu’un portefeuille diversifié offre un risque moindre, sans exiger de sacrifice en retour. Par conséquent, plusieurs experts affirment que la diversification est l’équivalent d’une passe gratuite. Or, bien qu’un portefeuille vraiment diversifié offre le même rendement espéré qu’un portefeuille concentré, son potentiel à la hausse est moindre. Quel est le potentiel de gain et de perte d’un portefeuille concentré? Nous essayons de répondre à cette question en étudiant les rendements des 238 titres qui constituent présentement l’indice boursier composé S&P/TSX.

Potentiel de gain et de perte en 2015

L’année 2015 a été plutôt mauvaise pour la bourse canadienne, l’indice composé S&P/TSX ayant produit un rendement de -8,3 %. Jusqu’à quel point pouvait-on améliorer ce rendement par une sélection de titres réussie? Et dans quelle mesure pouvait-on perdre à cause de mauvais choix?

Afin de déterminer le potentiel de gain et de perte offert par la sélection de titres parmi ceux de l’indice composé S&P/TSX, nous avons calculé les rendements pour tous les titres actuellement dans l’indice. Nous avons ensuite classé ces rendements du plus élevé au plus faible, pour finalement les regrouper en quintiles. Le premier quintile regroupe donc le 1/5 des titres ayant le mieux performé, le second quintile documente le rendement du deuxième cinquième et ainsi de suite. Les résultats sont décrits dans le tableau 1 ci-dessous.

Tableau 1 : Rendement des actions de l’indice composé S&P/TSX (2015)

Classement des titres Rendement sur 1 an
1er quintile +12 % à +154 %
2e quintile -2 % à +12 %
3e quintile -19 % à -2 %
4e quintile -33 % à -19 %
5e quintile -78 % à -33 %

Source : Bloomberg

Les actions qui composent le premier quintile ont réalisé des rendements se situant entre +12 % et +154 %. Malgré le fait que l’indice dans son ensemble ait produit un rendement négatif en 2015, un investisseur qui aurait sélectionné des titres du premier quintile aurait facilement obtenu un rendement positif à deux chiffres. Par ailleurs, un investisseur qui aurait choisi uniquement des titres du dernier quintile aurait perdu de 33 % à 78 % sur un an.

Potentiel de gain et de perte sur cinq et dix ans

Si l’analyse par quintiles sur un an est intéressante, le même exercice réalisé sur cinq et dix ans produit des résultats spectaculaires. Dans le tableau 2 ci-dessous, nous analysons les rendements cumulatifs des titres qui composent actuellement l’indice pour mieux illustrer les gains ou pertes potentiels à long terme résultant de la concentration.

Tableau 2 : Rendement cumulatif des actions de l’indice composé S&P/TSX sur cinq et dix ans

  Rendement cumulatif
Classement des titres 5 ans 10 ans
1er quintile +110 % à +2,700 % +218 % à +4,654 %
2e quintile +65 % à +110 % +107 % à +218 %
3e quintile +19 % à +65 % +61 % à +107 %
4e quintile -50 % à +19 % -26 % à +61 %
5e quintile -93 % à -50 % -93 % à -26 %

Source : Bloomberg

Selon un scénario positif, le premier quintile a produit des gains de 110 % à 2 700 % sur cinq ans, et de 218 % à 4 654 % sur dix ans. Selon un scénario négatif, cependant, les pertes de dernier quartile vont de 50 % à 93 % sur cinq ans, et de 26 % à 93 % sur dix ans.

Conclusion

Notre analyse démontre à quel point la concentration de portefeuille offre la possibilité de gains extrêmes. Sur cinq à dix ans, la valeur d’un portefeuille concentré peut se multiplier plusieurs fois. Toutefois, ce potentiel de gain comporte un coût considérable, car le portefeuille peut aussi aboutir à une perte cuisante, même après de longues années à espérer un rendement sur l’investissement. Selon nous, les investisseurs qui diversifient leur portefeuille choisissent la gestion du risque plutôt que l’espoir de gains extrêmes. Par contre, les portefeuilles concentrés conviennent très bien aux spéculateurs.

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires
24 mars 2016

Vanguard s’apprête à lancer des FNB de gestion active!

Placements Vanguard Canada a annoncé qu’elle lancera quatre nouveaux FNB de gestion active. C’est une nouveauté pour Vanguard, alors que tous les produits qu’elle offre présentement sont des FNB passifs et indiciels.

Une gestion active, mais pas traditionnelle!

La gestion active traditionnelle consiste à sélectionner des titres en se fondant sur le jugement du gestionnaire en regard de leur évaluation, de leurs perspectives de croissance et de la qualité de gestion. Les quatre nouveaux FNB Vanguard proposent en comparaison une approche plus moderne, qui consiste à investir dans des portefeuilles d’actions mondiales comportant certaines caractéristiques (ou « facteurs ») associées, selon des recherches, à des rendements espérés plus élevés à long terme, plus particulièrement :

  • Le facteur de liquidité : le FNB investit dans des titres moins liquides que la moyenne.
  • Les actions à volatilité minimale : le FNB investit dans des titres moins volatils que la moyenne.
  • Les actions qui ont de l’élan (en anglais « momentum ») : le FNB investit dans des titres qui ont récemment surpassé le rendement moyen du marché.
  • Les actions valeur : le FNB investit dans des titres dont les prix sont à rabais par rapport aux mesures fondamentales telles que les bénéfices par action, la valeur aux livres et les dividendes.

Une gestion active mais pas dispendieuse

Les fonds gérés activement ont généralement l’inconvénient de facturer des frais de gestion élevés. Mais il n’en sera rien avec les nouveaux FNB de Vanguard, dont les frais de gestion devraient être de 0,35 %. En tout et pour tout, compte tenu de la TPS et de la TVQ, ces frais ne devraient guère dépasser les 0,40 %, un tarif très compétitif pour des fonds gérés activement. Il demeure que cela représente encore le double du tarif d’un simple fonds indiciel mondial.

La gestion de portefeuille factorielle et PWL

La gestion de portefeuille factorielle fait partie de la philosophie de placement PWL depuis 2000. Nous construisons depuis très longtemps des portefeuilles mondiaux largement diversifiés incluant une surpondération des actions valeur, de petite capitalisation, et plus récemment celles de compagnies hautement rentables, lesquelles ont été identifiées par la recherche comme comportant des rendements espérés supérieurs.  

Regard vers l’avenir

Comme pour tout produit de placement, nous étudierons les mérites de ces nouveaux FNB en fonction d’une analyse coût-bénéfice. Parmi les avantages, nous évaluerons à quel point ils ajoutent à la diversification et au rendement espéré. Du côté des inconvénients, certaines de ces stratégies comporteront peut-être des impôts importants, particulièrement le FNB de « momentum », car il s’agit d’un type de stratégie qui engendre un important taux de rotation du portefeuille, avec pour conséquence potentielle des impôts considérables sur les gains en capital. Un autre inconvénient des FNB « factoriels » est le risque de dispersion. Au-delà d’un certain point, l’ajout au portefeuille de « facteurs » additionnels devient une source de distraction, de la même manière qu’une automobile truffée de gadgets trop nombreux peut détourner l’attention du conducteur de la route. Les investisseurs devraient principalement se concentrer sur la réalisation de leurs objectifs financiers plutôt que sur des stratégies de portefeuille complexes.

Quoi qu’il en soit, ne retenez pas votre souffle dans l’attente d’une décision rapide : PWL prend toujours le temps de bien analyser les nouveaux produits, surtout lorsqu’ils sont sophistiqués!

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires
10 mars 2016

Bill Ackman et les fonds indiciels

Dans l’univers de la haute finance, peu de personnes sont aussi respectées et ont autant de crédibilité que Bill Ackman. Le chef de la direction de Pershing Square Capital Management, qui a fait ses études à Harvard et a lancé sa société de fonds de couverture en 2004 avec 54 millions de dollars provenant de ses propres avoirs et de ceux de ses associés, gère aujourd’hui plus de 6 milliards de dollars pour des institutions et des familles fortunées. Dans sa lettre annuelle aux clients sur la performance de 2015, M. Ackman fait des commentaires sur les fonds indiciels et leur impact sur les marchés financiers.  

Points avec lesquels nous sommes d’accord

M. Ackman écrit tout d’abord que la part de marché des fonds indiciels s’est accrue, ce en quoi il a raison, du moins chez les particuliers. Dans le secteur des fonds communs de placement et des FNB aux États-Unis, la part de marché des fonds indiciels (comparée à celle des fonds gérés activement) a doublé, passant de 16 % à 32 %1. M. Ackman reconnaît également que les frais liés aux fonds communs  et FNB indiciels sont très bas et que leurs gestionnaires ont mieux fait que le gestionnaire moyen au cours des dernières années. Nous sommes d’accord avec cette appréciation, mais y ajouterons qu’ils ont aussi mieux fait que la majorité des fonds gérés activement comparables.

Points avec lesquels nous sommes en désaccord

M. Ackman fait valoir que les fonds indiciels les plus populaires, qui calquent par exemple l’indice S&P500 (grandes capitalisations), attirent généralement plus que leur juste part d’argent frais. Comme les titres qui font partie de l’indice sont surévalués, les autres représentent selon lui un meilleur investissement. Les fonds indiciels de petites et moyennes capitalisations sont cependant eux aussi très populaires. Par exemple, les FNB iShares S&P Mid Cap et iShares Russell 2000 (petites capitalisations) comptent parmi les plus importants FNB aux États-Unis. On doit tenir compte également du fait que les sociétés à moyenne et à petite capitalisation représentent respectivement 20 % et 10 % de la valeur marchande, ce qui explique qu’elles n’ont pas à attirer autant de capitaux que les fonds S&P500 pour obtenir leur « juste part » des flux financiers. Une fois considérés tous les titres faisant partie de ces trois indices, il en reste peu dans lesquels on peut investir. L’argument de M. Ackman ne tient donc pas la route.

Plus loin dans sa lettre, M. Ackman écrit ceci : « Les investisseurs axés sur la valeur achètent plus d’actions lorsque les cours sont en baisse, tandis que les fonds indiciels pondérés en fonction de la capitalisation boursière font exactement l’inverse. Ils agissent essentiellement comme des investisseurs suivant la tendance, qui sont obligés d’acheter plus d’actions quand les cours augmentent, ce qui amplifie le risque de surévaluation des composantes de l’indice.» En fait, les fonds indiciels ne sont pas tenus d’investir davantage dans un titre parce que sa valeur est à la hausse. Le poids d’un titre au sein d’un fonds indiciel augmentera s’il s’apprécie plus vite que le reste du marché, étant donné qu’il représente une part plus grande du marché. Toutefois, les achats et les ventes réalisés par les fonds indiciels ne sont aucunement tributaires des variations des cours des actions.

Conclusion

Même s’ils sont simples, les fonds indiciels demeurent généralement méconnus du public et même des experts. Parallèlement, l’accroissement de leur part de marché se fait au détriment des sociétés de placement actives, qui ont donc tout avantage à trouver des lacunes importantes dans le fonctionnement des fonds indiciels, ce qu’elles n’ont pas encore réussi à faire. Les fonds indiciels ne sont pas parfaits, mais si on met leurs points forts et leurs points faibles dans la balance, ils représentent pour la plupart des investisseurs une solide proposition de valeur en vue de l’établissement d’un portefeuille diversifié bien structuré.

1 Source : Morningstar Direct

 

Par : James Parkyn & Raymond Kerzérho | 0 commentaires