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26 janvier 2016

Les investisseurs canadiens tardent à adopter les placements fondés sur des preuves

Tout le monde sait maintenant que les Canadiens paient les frais de fonds communs de placement les plus élevés au monde et qu’ils sont souvent conseillés par des représentants payés à la commission, qui vendent des fonds de placement gérés activement et onéreux, plutôt que par des conseillers financiers agissant dans leur intérêt. Les fonds indiciels et les placements passifs sont maintenant des thèmes couramment abordés dans les médias et les blogues de finances personnelles au Canada, ce qui semble indiquer que nous sommes en train de devenir des investisseurs sensés. Selon les données statistiques, la situation est pourtant tout autre.

En 2008, 6,9 % des actifs canadiens détenus dans des fonds communs de placement et des fonds négociés en bourse (FNB) étaient investis dans des instruments passifs, comparativement à 21 % des actifs américains. À la fin de décembre 2015, la proportion des actifs canadiens détenus dans des placements passifs était passée à 12 %, tandis que les mêmes actifs avaient grimpé à 32 % aux États-Unis. Dans ce pays, la part de marché des actifs détenus dans des placements passifs augmente chaque année de 1,75 %, alors qu’au Canada elle stagne depuis 2013 et n’a augmenté que de 0,65 % par année, en moyenne, depuis 2008.

Part de marché estimative des fonds actifs et passifs au Canada et aux États-Unis, 2008-2015

  Fonds passifs Fonds actifs
  Canada É.-U. Canada É.-U.
2008 6,9 % 20,8 % 93,1 % 79,2 %
2009 9,0 % 21,6 % 91,0 % 78,4 %
2010 9,5 % 23,1 % 90,5 % 76,9 %
2011 9,5 % 24,4 % 90,5 % 75,6 %
2012 10,6 % 25,8 % 89,4 % 74,2 %
2013 11,7 % 27,8 % 88,3 % 72,2 %
2014 12,0 % 30,1 % 88,0 % 69,9 %
2015 12,1 % 32,4 % 87,9 % 67,6 %

Source : Morningstar Direct

Les fonds de placement passifs au Canada enregistrent des apports nets positifs chaque année depuis 2008, tandis que les flux dirigés vers les instruments actifs ont été beaucoup plus volatils; ils ont même été négatifs cinq années sur huit. La constatation de ces apports réguliers dans les fonds passifs et de la volatilité des apports dans les fonds actifs semble confirmer qu’une philosophie de placement passive, fondée sur des preuves, encourage une discipline d’investissement, tandis que la gestion active se traduit par un comportement de course à la performance. En 2015, les fonds actifs au Canada ont attiré près de 15 milliards de dollars d’actifs, alors que les fonds passifs n’en ont attiré que 8 milliards. Comme au Canada, les États-Unis ont connu des apports positifs constants dans les fonds passifs et des apports volatils dans les fonds actifs. Toujours en 2015, les investisseurs américains ont retiré 207 milliards de dollars des fonds à gestion active, mais ils ont versé 414 milliards de dollars, un quasi record, dans des fonds passifs.

Apports estimatifs nets dans les fonds au Canada et aux États-Unis, 2008-2015 (en milliards $)

  Fonds passifs Fonds actifs
  Canada É.-U. Canada É.-U.
2008 5,73 216,87 15,85 (207,63)
2009 7,32 190,65 (27,83) 310,24
2010 3,53 194,26 (14,28) 197,00
2011 5,33 193,79 (2,32) 17,35
2012 8,85 273,65 (8,00) 184,46
2013 3,58 324,78 4,21 142,80
2014 4,68 421,49 (2,19) 64,37
2015 7,96 413,87 14,58 (207,29)

Source : Morningstar Direct

La tendance générale indique que si les Canadiens ajoutent des actifs dans les fonds passifs, ils le font à un rythme beaucoup plus lent que les Américains. Il est possible que cela s’explique par la hausse du nombre de conseillers en placement inscrits (Registered Investment Advisor, ou RIA) aux États-Unis. Les RIA sont inscrits à la SEC, ils sont rémunérés par honoraires et ils ont une obligation fiduciaire à l’égard de leurs clients. Les RIA ont davantage tendance à investir à l’aide des fonds de placement passifs. Au Canada, la grande majorité des actifs de placement se trouvent dans des fonds communs, et la grande majorité des fonds communs de placement sont à la commission. La plupart des conseillers financiers au Canada ne sont pas tenus par la loi d’agir dans l’intérêt de leurs clients, et leurs recommandations peuvent être influencées par le besoin de toucher une commission ou d’atteindre des objectifs de vente. Les fonds indiciels et les autres instruments de placement à faible coût ne versent pas de commissions.

Par : Ben Felix & Raymond Kérzerho | 0 commentaires
18 janvier 2016

Le rapport de la RBS: mal avisé

La semaine dernière, les medias ont fait grand cas à propos d’un rapport de recherche publié par la Royal Bank of Scotland (RBS) qui suggère de « tout vendre ». La banque JP Morgan a émis des préoccupations semblables. Et même George Soros a déclaré lors d’une allocution : « Lorsque je regarde l’état des marchés financiers, je vois de sérieux défis qui me rappellent la crise de 2008 ». Le temps est-il venu d’abandonner l’approche d’acheter et conserver ses placements? Est-ce le temps de changer d’approche et de tenter d’acheter et vendre en prédisant les hauts et les bas du marché? Voyons quelques faits.

Que dit le rapport de la RBS?

Les stratèges de la RBS prédisent une dépréciation des actions se situant entre 10 % et 20 %. Ils fondent leur prévision sur les observations et opinions suivantes :

  • L’économie chinoise est en ralentissement
  • Le prix des matières premières sont en déclin
  • « Le monde a trop de dettes »
  • L’automatisation va, selon eux, supprimer 30 % à 50 % des emplois dans les pays développés.

Un rapport comme celui-ci est-il inhabituel?

Dans les marchés financiers, des rapports comme celui de la RBS sont monnaie courante. Toutes les banques d’investissement emploient des équipes de stratèges dans le but de fournir des prévisions à leurs clients. Chaque banque n’est pas tenue de suivre les conseils de ses propres stratèges; il est d’ailleurs fréquent qu’elles ne les suivent pas. L’objectif d’affaire des équipes de stratèges est d’obtenir un maximum de publicité et de visibilité. Certains stratèges sont timides dans leurs prévisions et prévoient la plupart du temps le statu quo. D’autres, au contraire, sont aventureux et prédisent souvent des hausses ou des baisses importantes dans les marchés.   

Pourquoi ce rapport attire-t-il tellement l’attention?

Le marché mondial des actions a connu des difficultés récemment. À l’heure d’écrire ces lignes, l’indice MSCI All Country World a produit un rendement de -7 % (en dollars canadiens) en l’espace des deux premières semaines de 2016. Des rendements négatifs comme celui-ci sont difficiles à accepter et dans de telles circonstances, il est tout à fait compréhensible que des rapports pessimistes capturent l’attention. Inversement, si les marchés avaient récemment produit des rendements généralement positifs, ces mêmes rapports laisseraient les médias et le public indifférents.

La prévision contenue dans le rapport est-elle correcte?

La réponse simple est que nous ne le savons pas. Mais toutefois, nous n’avons encore jamais rencontré d’étude sérieuse concluant que le « market timing » fondé sur des prévisions d’analystes permet d’obtenir de meilleurs rendements que d’acheter et conserver ses placements. Bien au contraire, de nombreuses études ont démontré que le « market timing » mène vers des rendements médiocres.    

Qu’adviendra-t-il des Bourses en 2016?

Les résultats de 2016 sont imprévisibles, mais toutefois nous pouvons proposer quelques points de référence utiles. La bourse fait généralement de l’argent deux années sur trois, ce qui laisse 1/3 des années avec une perte. De plus, selon l’une des études les mieux documentées à ce sujet, les actions mondiales ont produit un rendement réel (net de l’inflation) de 5,5 % entre les années 1900 et 2011, ce qui selon nous n’est pas très loin de ce qu’on peut espérer à l’avenir, à condition de conserver vos placements en actions à long terme.  

Conclusion: qu’adviendra-t-il de votre portefeuille en 2016?

Cet article réitère notre position bien connue à l’effet que la seule manière de bénéficier des rendements boursiers est de conserver ses placements et d’éviter le  « market timing ». Il est valable également de garder à l’esprit qu’un portefeuille diversifié et équilibré ne détient pas uniquement des actions. Par exemple, les portefeuilles PWL détiennent une pondération se situant le plus souvent entre 40 % et 50 % en obligations, le reste étant en actions. Personne ne peut prédire le moment où se produira la prochaine année boursière négative, mais le choc sera toutefois bien moins sévère pour ceux qui détiennent un portefeuille bien géré et équilibré.

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires
14 janvier 2016

Les devises et le risque de portefeuille

L’année 2015 a été difficile pour bien des investisseurs. Les actions canadiennes ont produit un rendement de -8,3 % et les obligations ont livré 3,5 %. Par conséquent, un portefeuille classique réparti à 60 % en actions et à 40 % en obligations a certainement essuyé un rendement négatif, pas vrai? Pas nécessairement. PWL utilise une douzaine de stratégies différentes pour gérer le risque et accroître le rendement des portefeuilles. Deux de ces stratégies se sont avérées particulièrement efficaces en 2015 : elles ont permis d’obtenir des rendements modestes, certes, mais positifs.

L’une de ces stratégies consiste à diversifier le portefeuille d’actions à l’échelle mondiale. Dans le graphique 1 ci-dessous, les bâtonnets bleus représentent les bourses de pays ayant offert des rendements positifs, tandis que les rouges illustrent les rendements négatifs. Comme on peut le voir, environ la moitié des marchés nationaux ont enregistré des rendements positifs en 2015 .  

La seconde stratégie qui a bien fonctionné a été de conserver au moins une partie de l’exposition au risque de devise qui découle des placements en actions étrangères. Bien que ce risque soit assez facile à éliminer ou à « couvrir », PWL en conserve généralement une portion importante dans les portefeuilles. Le graphique 2 ci-dessous montre que les rendements des marchés nationaux, une fois convertis en dollars canadiens, ont été positifs pour la vaste majorité en 2015.

Pourquoi PWL maintient-elle une certaine exposition au risque de devise dans les portefeuilles? Nous sommes tout à fait conscients que cette stratégie ne donnera pas lieu à un profit chaque année. À notre avis, les « bonnes raisons » de conserver cette exposition sont liées à la gestion du risque et au contrôle des dépenses. Voici les trois principales :

  1. L’exposition aux fluctuations des devises réduit les corrélations entre les différents marchés et accroît les avantages de la diversification internationale, comme le démontre le tableau 1 ci-dessous.

    Tableau 1: Corrélations entre les actions canadiennes et étrangères

      Avec exposition aux devises Sans exposition aux devises
    États-Unis 0,47 0,71
    Internationaux développés 0,56 0,62
    Internationaux émergents 0,64 0,72

    Source : Morningstar Direct

  2. L’exposition aux fluctuations des devises préserve le pouvoir d’achat de nos clients. La plupart d’entre eux voyagent et achètent des biens importés dont les prix fluctuent en fonction du taux de change entre le Canada et les pays producteurs. Lorsque le dollar canadien s’affaiblit, l’exposition aux devises entraîne des gains de capital dans le portefeuille, qui compensent en partie l’impact de la hausse de prix des biens importés sur le coût de la vie.
  3. Enfin, la couverture du risque de devise entraîne des frais importants. En plus des frais d’opération et de gestion des fonds qui prévoient une couverture du risque de devise, d’autres frais invisibles s’ajoutent à la facture des investisseurs. Ces frais sont détaillés dans ce rapport de recherche.

Conclusion

Contre toute attente, la diversification mondiale et l’exposition au risque de devise ont transformé ce qui aurait pu être une année de rendements négatifs en une année positive pour de nombreux clients de PWL. Ces stratégies ont été mises en place non pas parce que nous avons prédit le comportement des marchés, mais plutôt comme des mesures réfléchies et intemporelles de gestion du risque et de contrôle des coûts.

Ces deux stratégies ne seront pas profitables chaque année; elles ne sont ni une panacée ni une stratégie pour s’assurer des rendements positifs à tout coup. La diversification mondiale et l’exposition au risque de devise font plutôt partie d’une panoplie de stratégies qui, ensemble, aident à obtenir des rendements soutenus au fil du temps.

Par : Raymond Kerzérho | 0 commentaires