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Cinq prédictions pour 2014

19 décembre 2013

Nous avons souvent fait valoir que les prévisions de marché ne permettent pas d’établir une stratégie de placement efficace. Mais après tout, les marchés sont peut-être assez prévisibles pour nous donner des pistes vers un portefeuille fructueux. Voici notre tentative pour 2014 :

  1. Le « Fed tapering »
    Les experts du placement font souvent état dans les médias du risque que pose le « Fed Tapering », soit l’expression consacrée par les économistes pour désigner la fermeture progressive du programme d’achat d’obligations de la Réserve fédérale américaine. Il est juste de croire qu’un tel événement pourrait influencer les marchés en 2014. Cependant, tout ce que nous savons sur ce risque est déjà incorporé dans le prix des actions et des obligations. Personne ne possède d’information particulière à ce sujet qui lui permette de prédire les répercussions sur les marchés. Modifier son portefeuille sur une telle base n’en améliorera pas le rendement espéré.
  2. Que fera le marché l’an prochain?
    A ce sujet, nous aimons bien cette citation de feu J.P. Morgan : « Les marchés vont fluctuer ». Les rendements annuels des actions ont historiquement été positifs 70 % du temps et négatifs 30 % du temps. Ainsi, les probabilités semblent favoriser un rendement positif, mais cela ne sera d’aucun réconfort si, au contraire, la Bourse plonge.
  3. Les gestionnaires actifs obtiendront collectivement le rendement général du marché – moins leurs frais élevés
    Les gestionnaires actifs détiennent habituellement des portefeuilles très différents de celui du marché. Toutefois, si on trace un portrait d’ensemble, les différences par rapport au portefeuille de marché s’annulent les unes les autres et au final, les gestionnaires actifs détiennent collectivement le portefeuille de marché. Selon  l’économiste récipiendaire d’un prix Nobel Eugene Fama, il ne s’agit pas d’une théorie, mais d’une réalité mathématique. Et puisque les gestionnaires actifs ne peuvent pas compenser leurs frais par des rendements supérieurs, ils produiront nécessairement le rendement du marché moins leurs frais, dans le meilleur des cas.
  4. Les courtiers, intermédiaires et arbitragistes haute fréquence feront probablement de l’argent – aux dépens des fonds gérés activement
    Quelqu’un a-t-il remarqué que Goldman Sachs subit très rarement des pertes? Comment peut-elle gagner autant d’argent, avec autant de régularité? Et d’où ces profits massifs proviennent-ils? Les maisons de courtage, les mainteneurs de marché et les arbitragistes haute fréquence sont en affaires pour gagner le plus d’argent possible en prenant le moins de risque possible. Une large part de ces profits provient des frais de transaction – sous toutes les formes – qu’ils facturent. Les gestionnaires actifs qui font beaucoup de transactions – en supposant qu’eux connaissent mieux que le marché la vraie valeur des titres – font une faveur financière considérable à ces intermédiaires, et ce, bien sûr, aux dépens des  détenteurs de parts des fonds qu’ils gèrent, plutôt qu’aux leurs.
  5. Les investisseurs qui acceptent de payer des frais élevés obtiendront des rendements inférieurs à la moyenne
    Bien que les résultats des placements soient incertains d’une année à l’autre, une de leurs composantes est assez prévisible : les frais réduisent systématiquement les rendements. Plus ces derniers sont élevés, plus les rendements sont faibles. 

En conclusion, étudier le fonctionnement des marchés peut nous aider à construire de meilleurs portefeuilles. Tenter de prédire les événements futurs, acheter et vendre des titres très activement et accepter de payer des frais élevés nous assure d’obtenir des rendements décevants. Les rendements positifs ne sont pas créés par la gestion active, mais bien par les marchés eux-mêmes. Par déduction, il faut conclure que la voie de la réussite se situe en sens opposé : investir dans un portefeuille très diversifié d’actions et d’obligations, se limiter à faire des transactions principalement afin de rééquilibrer le portefeuille vers sa répartition d’actif cible, épargner sur les commissions et les impôts et enfin prendre les nouvelles des médias pour ce qu’elles sont vraiment : un divertissement sans grande utilité pour vos placements. Et finalement, gardez à l’esprit que le rendement positif à long terme de votre portefeuille est une rémunération pour le risque. Par conséquent, n’abandonnez pas votre stratégie parce qu’à l’occasion, la valeur de votre portefeuille diminue.    

Sur ce, nous vous souhaitons de très joyeuses fêtes. Nous reviendrons avec de nouveaux commentaires en janvier.

Raymond Kerzérho

Président, comité de l’investissement et
Directeur de la recherche
PWL Capital Inc.