La minutedes placements

Les portefeuilles à faible volatilité

20 décembre 2012

Au cours des dernières années, les stratégies de placement visant à créer des portefeuilles de moindre risque avec l’aide de méthodes statistiques ont beaucoup gagné en popularité. L’une de ces stratégies est la méthode de la faible volatilité.

Qu’est-ce que la théorie de la faible volatilité?
La théorie financière classique affirme que plus une action ou un portefeuille est risqué, plus son rendement espéré est élevé, et vice versa. La théorie de la faible volatilité, qui se fonde sur des études empiriques, affirme exactement le contraire : moins une action est volatile, plus son rendement observé est élevé. Certains investisseurs prétendent que par une sélection de titres rigoureuse, ils peuvent égaler le rendement du marché avec une volatilité réduite du tiers.

La théorie de la faible volatilité est-elle utilisée en pratique?
Oui, tout à fait. Elle est actuellement l’un des sujets chauds dans l’univers de la gestion des caisses de retraite et plusieurs institutions ont affecté des milliards de dollars à de tels mandats. Du côté du secteur de détail, le marché canadien a donné naissance à huit fonds négociés en bourse de faible volatilité depuis un peu plus d’un an. La plupart de ces portefeuilles sont toutefois nouveaux et très peu de fonds de cette catégorie, sinon aucun, existaient il y a seulement deux ou trois ans.

Les fonds de faible volatilité construisent-ils tous leur portefeuille selon la même méthode?
Non, il en existe en fait plusieurs. Certains gestionnaires choisissent les actions elles-mêmes les moins volatiles. Une autre technique consiste à choisir les actions qui produisent collectivement la plus faible volatilité possible. D’autres gestionnaires, encore, concentrent leur portefeuille sur les actions présentant le plus faible « bêta », c'est-à-dire les titres les moins sensibles aux fluctuations générales du marché.  

Est-ce que la théorie de la faible volatilité est appuyée par la recherche universitaire?
Oui, jusqu’à un certain point. Certains auteurs affirment que cette théorie trouve écho dans la littérature remontant à plusieurs décennies. Peut-être, mais à l’heure actuelle, la qualité et la profondeur de la recherche sur la théorie de la faible volatilité demeurent bien inférieures par rapport à la documentation portant notamment sur les effets de valeur et de faible capitalisation (la propension des actions valeur et de petites sociétés à produire des rendements supérieurs à la moyenne). En termes de recherche scientifique, nous estimons que la théorie de la faible volatilité en est à ses débuts.

À part leur volatilité moins grande, les portefeuilles à faible volatilité partagent-ils d’autres traits communs?
Oui. Ils ont tendance à être plus concentrés que le marché dans son ensemble. Par exemple, le graphique ci-dessous compare l’indice de diversité des trois fonds négociés en bourse d’actions canadiennes de faible volatilité à celui du S&P/TSX composé. Deuxièmement, ils tendent à surpondérer les actions valeur et les secteurs boursiers « défensifs » — tels que les services publics et les produits de consommation de base — aux dépens des autres secteurs.

Indice de diversité

Conclusion
Nous trouvons la théorie de la faible volatilité très intéressante, voire intrigante. Bien qu’à nos yeux, il soit prématuré de porter un jugement catégorique sur ses mérites, nous avons quelques objections à ce stade-ci de notre réflexion. La communauté scientifique ne souscrit pas à cette théorie au même degré qu’aux effets de marché, de valeur ou de faible capitalisation. Quelques tests statistiques favorables ne font pas un modèle viable. En fait, les résultats extraordinaires (rendement du marché, mais avec beaucoup moins de volatilité) envisagés par certains partisans de cette méthode nous poussent davantage vers la prudence que vers l’enthousiasme. Finalement, nous préférons les portefeuilles extrêmement diversifiés à ceux qui sont plutôt concentrés.

En terminant, nous souhaitons à nos lecteurs de très joyeuses fêtes. La Minute économique fera relâche le mois prochain et reviendra en février.

Raymond Kerzérho

Président, comité de l’investissement et
Directeur de la recherche
PWL Capital Inc.