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Les fonds négociés en bourse sont-ils dangereux? (2e de 4)

10 février 2012

La dernière édition de la Minute économique réfutait une critique largement répandue voulant que les fonds négociés en bourse (FNB) physiques présentent un risque systémique pour l’ensemble du marché boursier. Cette fois, nous étudierons les critiques les plus importantes formulées à l’endroit des FNB synthétiques. 

Que sont les FNB synthétiques?
Alors que les FNB physiques détiennent des actions directement, les FNB synthétiques détiennent plutôt une combinaison d’équivalents de trésorerie (aussi appelés « garantie ») et un swap sur rendement total lié à un indice boursier. Ce swap est un contrat dérivé en vertu duquel une banque (la contrepartie) s’engage à ce que le FNB reçoive exactement le rendement de l’indice moins les frais de gestion. Bien que les FNB synthétiques soient plutôt rares au Canada et aux États-Unis, ils représentent environ la moitié du marché européen.

Quelles sont les inquiétudes à propos des FNB synthétiques?
Les risques des FNB synthétiques se divisent en trois catégories :

  1. le risque de volatilité, qui est commun aux FNB synthétiques et physiques ainsi qu’aux fonds communs de placement;
  2. le risque de contrepartie du swap sur rendement total;
  3. le risque de crédit associé à la garantie.

On entend souvent comme critique que le risque de contrepartie des FNB synthétiques introduit la menace d’une perte très élevée en cas de défaut de la part de la contrepartie. En d’autres termes, la banque ayant signé l’entente de swap avec le gestionnaire du FNB pourrait, en cas de difficultés financières, manquer à sa promesse de livrer le rendement de l’indice, causant ainsi une lourde perte pour les investisseurs.

Une autre critique est liée aux équivalents de trésorerie détenus par le FNB qui, s’ils se trouvaient en situation de défaut de paiement, pourraient faire perdre gros aux détenteurs de FNB.

Ces inquiétudes sont-elles fondées?
Il est vrai que les FNB synthétiques comportent un risque de contrepartie considérable, mais l’ampleur de ce risque est limitée. Le swap sur rendement total entraîne uniquement un échange de rendements liés à des indices sous-jacents (généralement un indice boursier contre un indice de taux d’intérêt à court terme). Au Canada, la réglementation exige que le risque de contrepartie ne dépasse jamais 10 % de la valeur d’un fonds. C’est pourquoi les FNB synthétiques canadiens procèdent à un règlement en espèces des profits accumulés sur le swap dès que le montant à risque approche cette limite de 10 %.

Il est également vrai qu’un défaut de crédit sur une garantie de faible qualité entraînerait une perte importante. Il est donc primordial de lire le prospectus des FNB synthétiques avant d’investir pour s’assurer qu’une politique de placement rigoureuse est en place pour protéger les investisseurs contre le risque de crédit associé à la garantie.

Conclusion
Les FNB synthétiques comportent des risques additionnels par rapport aux FNB physiques. Ces risques peuvent toutefois être grandement atténués. On peut réduire le risque de contrepartie en signant des accords de swap avec plusieurs banques plutôt qu’avec une seule, par mesure de diversification. On peut aussi diminuer sensiblement le risque de crédit lié à la garantie en détenant des titres du gouvernement fédéral ou encore des placements qui comportent une garantie explicite ou implicite du gouvernement. Il est à noter par ailleurs que les FNB synthétiques présentent plusieurs avantages que n’ont pas les FNB physiques comparables : ils sont moins lourdement imposés, leurs frais de gestion sont plus bas et ils calquent mieux leur indice dans la plupart des cas. Pour résumer, nous estimons que les FNB synthétiques ne devraient pas être écartés d’emblée comme de « mauvais investissements ». Chaque titre devrait plutôt être analysé et évalué selon ses propres mérites. PWL a choisi jusqu’à présent de ne pas les inclure dans les portefeuilles parce que nous ne sommes pas convaincus que les produits disponibles au Canada offrent des avantages qui surpassent leurs inconvénients. Mais nous demeurerons à l’avant-garde de la recherche sur les FNB et à l’affût de nouvelles solutions pour bâtir de meilleurs portefeuilles.

 

Raymond Kerzérho

Président, comité de l’investissement et
Directeur de la recherche
PWL Capital Inc.