La minutedes placements

La répression financière

23 novembre 2012

Le mois dernier, nous avons assisté à une conférence prononcée par l’économiste Carmen Reinhart, de l’Université Harvard. Auparavant au service du Fonds monétaire international (FMI), Mme Reinhart est une sommité en matière de dette publique, de crises financières et de politiques de taux d’intérêt. Voici quelques-uns des points que nous avons retenus :

  • Ce sont les gouvernements, et non pas les marchés, qui ont créé les conditions expliquant les taux d’intérêt extrêmement bas en vigueur maintenant. Ceux-ci gèrent en effet leurs problèmes d’endettement en empruntant à des taux artificiellement bas, et ce, au détriment des épargnants et des retraités. Il s’agit d’une forme de taxation pour les épargnants, connue sous l’appellation de « répression financière ».
  • « Les taux d’intérêt élevés peuvent porter le coup fatal aux gouvernements lourdement endettés ». En effet, selon des études fondées sur cent ans d’histoire financière, lorsque la dette publique est aussi élevée qu’elle l’est actuellement dans plusieurs pays développés, les gouvernements font habituellement tout en leur pouvoir pour maintenir les taux au niveau le plus bas possible.
  • Des obligations gouvernementales portant intérêt à 7 %, 8 % ou 9 % arrivent continuellement à échéance et elles sont remplacées par de nouvelles obligations à 1 % ou 2 %, ce qui constitue un immense soulagement pour les responsables des finances des pays fortement endettés.
  • Le processus de désendettement en vigueur à l’heure actuelle dure habituellement plusieurs années et ralentit la croissance économique.
  • Mme Reinhart a indiqué que les rendements boursiers sont souvent inférieurs à la moyenne durant ces années de « répression financière ». Nous tenons toutefois à souligner qu’il est tout de même arrivé à l’occasion (par exemple, dans le cas de la bourse américaine, après la Deuxième Guerre mondiale) que les rendements boursiers soient somme toute assez positifs.

Pour conclure, si on peut se fier au passé, les taux d’intérêt sont susceptibles de demeurer faibles pendant bien des années encore. Selon nous, la notion selon laquelle les obligations offrent une sécurité totale est trompeuse, surtout dans le contexte actuel. Bien que les prix des obligations soient généralement plus stables que ceux des actions, les risques sous-jacents à la répression financière (notamment le risque d’inflation) pourraient causer plus de tort aux obligations. Il nous paraît donc très clair qu’un portefeuille équilibré constitué d’actions et d’obligations est plus sûr et qu’il offre un potentiel de rendement supérieur à celui d’un portefeuille constitué d’obligations seulement.

Raymond Kerzérho

Président, comité de l’investissement et
Directeur de la recherche
PWL Capital Inc.