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Les obligations du trésor américain entre l’arbre et l’écorce

5 mai 2011

Dans un récent bulletin, Bill Gross (directeur des placements à PIMCO, l’une des plus importantes et prestigieuses sociétés de gestion de fonds obligataires aux États-Unis) a dégagé trois observations importantes :

  • Le déficit budgétaire américain a explosé depuis la crise financière, atteignant 1,5 billion de dollars US, et ne semble pas en voie de se résorber de sitôt*;
  • Les déficits sont généralement financés par l’émission d’obligations du Trésor (également désignées dans le jargon des experts par le nom anglais « T-Bonds »);
  • Au cours de la dernière année, 70 % des nouveaux T-Bonds ont été achetés par nulle autre que la Réserve fédérale américaine, une transaction qui équivaut à imprimer de l’argent pour financer le déficit.

D’un côté, le gouvernement américain dépense au-delà de ses moyens et accumule des déficits records pour contrecarrer la faible demande du secteur privé et éviter la récession. De l’autre côté, la Réserve fédérale achète une grande quantité de T-Bonds pour influencer à la baisse les taux d’intérêt et stimuler l’économie. Ce double électrochoc économique n’est pas soutenable à long terme.

Lorsque la Réserve fédérale achète des T-Bonds, elle accroît l’offre de monnaie. Si elle ne les revend pas, cette offre excédentaire de monnaie finira par causer une hausse de l’inflation. Dans un cas comme dans l’autre, il y a de bonnes chances que les taux obligataires augmentent par la suite :

  • de taux d’intérêt plus élevés exigés en compensation de l’inflation, ou encore
  • d’une prime pour inciter de nouveaux investisseurs à acheter les T-Bonds détenus par la Réserve fédérale.

Nous ne croyons pas que M. Gross puisse mieux prédire l’avenir que quiconque. Toutefois, ses commentaires laissent entrevoir un risque dont les investisseurs canadiens devraient être avisés. Une hausse des taux des T-Bonds (et par conséquent, une certaine dépréciation) est certainement possible. Une éventuelle hausse des taux américains pourrait se répercuter sur les taux canadiens. C’est pourquoi PWL tend à privilégier les obligations à échéance relativement courte, car elles sont moins touchées par la hausse des taux que celles à longue échéance. Qui plus est, les détenteurs d’obligations à court terme peuvent profiter de la situation en réinvestissant les montants échus à des taux d’intérêt plus élevés.

* À titre de comparaison, le déficit fédéral canadien représente moins du tiers de celui des États-Unis, compte tenu de rajustements en fonction des populations des deux pays.

Raymond Kerzérho

Président, comité de l’investissement et
Directeur de la recherche
PWL Capital Inc.