La conformité

20 février 2017

MRCC2, votre mécanicien automobile et le dilemme des conseils d’expert

Vous ne vous en doutez sans doute pas, mais votre garagiste du coin et la banquière toujours bien mise de la Grand-Rue ont beaucoup en commun. Bien sûr, ils ne portent pas le même type de vêtements et possèdent des compétences totalement différentes, mais ils partagent tout de même un point important : ils vous exposent tous deux à ce que l’on appelle le dilemme des conseils d’expert.

Que ce soit pour faire réparer votre véhicule ou pour assurer votre bien-être financier, vous vous tournez vers un professionnel tout d’abord pour bénéficier de son savoir-faire. Et là réside le dilemme : son niveau de spécialisation vous désavantage dans la relation sur le plan de l’information. Vous espérez que votre mécanicien et votre agente financière utiliseront leur expertise pour prendre bien soin de vous, mais si vous tombez sur une personne incompétente ou sans scrupules, vous pourriez le payer cher.

Le dilemme des conseils d’expert vous place dans une en position vulnérable, et c’est pourquoi, aux yeux des agences de protection des consommateurs, votre mécanicien et votre gourou de la finance finissent par se ressembler. Ils œuvrent tous les deux dans un secteur où des garde-fous réglementaires peuvent combler le fossé informationnel entre un expert et le consommateur.

Au moins au Québec (et par d’autres lois dans le reste du Canada), les propriétaires de véhicules sont protégés depuis l’adoption de la Loi sur la protection du consommateur, RLRQ c. P-40.1, TITRE 1, CHAPITRE III, SECTION IV, sous-section 3 : Réparation d’automobile et de motocyclette. La lettre de cette loi exige que tous les commerçants québécois fournissent des évaluations écrites et des factures exactes indiquant tous les détails, tels que le véhicule à réparer, les réparations effectuées, les pièces utilisées, etc.

L’esprit de la loi vise à assurer aux consommateurs qu’ils possèdent l’information essentielle pour prendre des décisions éclairées à propos de leur véhicule automobile.

Mais vous vous posez sans doute maintenant la question : ne serait-il pas avisé d'assujettir les conseillers financiers à une réglementation semblable portant sur la nature et les frais de leurs « pièces et main-d’œuvre »?

Bonne nouvelle! Partout au pays, les conseillers financiers sont désormais tenus, dans le cadre du Modèle de relation conseiller-client – Phase 2 (MRCC2), de vous transmettre des rapports annuels sur le rendement du compte et sur les honoraires et frais, qui ne sont pas sans faire penser aux exigences d’information de la Loi sur la protection du consommateur.

Les éléments de comparaison ne sont toutefois pas identiques; il n’est pas aussi facile d’évaluer les frais et le rendement de votre fournisseur de services financiers que d’examiner une facture pour un changement d’huile. Comme nous l’avons mentionné dans notre article « Six choses que vous devez savoir sur les nouvelles obligations d’information du MRCC2 », publié en décembre 2016, certains frais et certaines comparaisons pourraient exiger des explications additionnelles avant que vous puissiez utiliser au mieux l’information. Dans les deux cas, toutefois, l’esprit des protections réglementaires est très similaire.

Aucune des deux réglementations n’exige que le fournisseur de services fasse toujours passer votre intérêt supérieur avant ses propres mobiles de profit. Elles demeurent néanmoins des progrès importants vers la communication de l’information dont vous avez besoin pour repérer les personnes qui tentent d’abuser de votre confiance.

Un mécanicien digne de foi doit :

  • indiquer invariablement les réparations ou l’entretien dont votre voiture a le plus besoin et établir des prix justes;
  • vous préciser les grincements et autres bruits mineurs qui ne justifient pas le coût d’une réparation;
  • connaître vos circonstances particulières et en tenir compte dans ses recommandations;
  • être en mesure de bâtir une relation de confiance, de vous faire économiser de l’argent sur le long terme et de vous aider à tout coup à réaliser vos objectifs.

De la même manière, votre professionnel financier doit :

  • vous aider à déterminer vos priorités financières et facturer équitablement « Six questions à poser à votre conseiller financier (ou peut-être une seule) » les services qu’il vous offre pour les mettre en œuvre;
  • vous mettre en garde contre vos comportements susceptibles de vous faire dévier de vos objectifs financiers personnels plutôt que de les appuyer; 
  • connaître vos circonstances particulières et en tenir compte dans les conseils qu’il vous prodigue dans votre plus haut intérêt financier; 
  • être en mesure de bâtir une relation de confiance, de vous faire économiser de l’argent sur le long terme et de vous aider à tout coup à réaliser vos objectifs.

Nous nous réjouissons des possibilités que les nouveaux rapports annuels exigés par le MRCC2 ouvrent aux investisseurs, grâce à la communication d’informations additionnelles et (espérons-le) à des conditions plus équitables. 

Par : Jennifer Vachon | 0 commentaires